La libération d’Authie

Je me souviens de ces journées terribles de juin 1944, lorsque notre village d’Authie a vécu au rythme des combats et des soldats.
Le 7 juin 1944, en fin de matinée, nous avons vu arriver les soldats canadiens. Authie venait d’être libéré par le North Nova Scotia Highlanders, soutenu par le régiment de mitrailleuses des Cameron Highlanders of Ottawa et par le 27e Régiment blindé des Fusiliers de Sherbrooke. Pour nous, habitants, leur arrivée représentait enfin l’espoir de retrouver la liberté après des années d’occupation.
Mais cet espoir fut de courte durée. Les combats furent d’une violence extrême. Les Canadiens subirent de lourdes pertes : 110 soldats furent tués, 162 furent blessés ou faits prisonniers, et sept civils perdirent également la vie.
Dans la soirée du 7 juin, la 12e Panzer SS reprit malheureusement le village. Ce fut un moment particulièrement tragique. Trente-sept soldats canadiens furent tués sur la place du village, parmi lesquels 23 prisonniers de guerre canadiens furent exécutés. Ces événements ont laissé une profonde blessure dans la mémoire d’Authie.
Le lendemain, 8 juin 1944, les combats reprirent. Vers 15 h 30, Authie fut définitivement libéré par le North Nova Scotia Highlanders, au prix de lourdes pertes : 57 soldats tués et 107 blessés. Le 2e Régiment blindé des Fusiliers de Sherbrooke apportait son soutien à l’attaque de l’infanterie.
Dans l’après-midi, le hameau de Saint-Louet fut également libéré par les Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders. Puis, vers 18 heures, ce fut au tour du hameau de Cussy, libéré par le Canadian Scottish Regiment, soutenu par le 6e Régiment blindé du 1er Hussard. Là encore, la victoire fut douloureuse : 40 soldats furent tués et 80 blessés.
Depuis Authie, les troupes canadiennes poursuivirent leur progression vers l’Abbaye d’Ardenne. Le Régiment du Regina, soutenu par le Régiment de Winnipeg, ainsi que par les 27e et 6e Régiments blindés, lança l’attaque. Au nord, le Canadian Scottish Regiment et le 7e Régiment canadien de reconnaissance assuraient la protection, tandis qu’au sud progressaient les North Nova Scotia Highlanders, les Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders et les unités d’infanterie Highland.
À l’Abbaye d’Ardenne, l’horreur se poursuivit : 20 soldats canadiens prisonniers de guerre furent exécutés.
En seulement deux jours, les troupes canadiennes avaient perdu 1 194 hommes, dont 330 tués. Derrière ces chiffres, il y avait des hommes, des familles, des vies brisées. Pour nous qui avons vécu ces événements, la libération d’Authie reste donc un souvenir partagé entre le soulagement de retrouver la liberté et la douleur de ceux qui ont payé le prix de cette liberté.
Aujourd’hui encore, lorsque je repense à ces journées, je me souviens du bruit des combats, de la peur, mais aussi de l’arrivée de ces soldats venus nous libérer. Leur sacrifice demeure à jamais inscrit dans la mémoire de notre village.